Emmanuel Macron à l’heure de la Révolution


Albane Devouge, "Au coeur de l'Hémicycle"

La France n’est pas réformable: Elle se transforme. Mais aucune grande transformation politique ne se fait sans une révolution ; aucune révolution ne se fait sans violence. La violence, c’est la force vitale, le jaillissement naturel et brutal de la vie elle-même. Par nature, toute révolution doit être violente pour faire naître le renouveau, éclore le véritable changement.

Candidat à l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron sait que le mot « réforme » est dévitalisé: c’est un mot repoussoir qui n’entre pas en résonance avec le coeur de la majorité des Français. Il ne correspond pas à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils veulent. Il choisit donc le mot Révolution, titre éloquent de son livre qui paraît en novembre 2016 et où se trouve formulée sa « révélation » pour bâtir la France de demain.

Les mots ont du sens; le hasard n’existe pas. Révolution, ce sera l’esprit de son quinquennat s’il est porté au pouvoir. Révolution, ce sera l’étape nécessaire non pas pour réformer, mais pour transformer la France.

La Révolution selon Emmanuel Macron: gouverner avec le peuple

Le chapitre XVI de Révolution s’intitule « Rendre le pouvoir à ceux qui font ». Emmanuel Macron imagine deux questions que le peuple souverain lui posera certainement avant de l’élire:

Vous êtes du système, quelle leçon allez-vous nous donner? Pourquoi réussiriez-vous à agir et à transformer le pays là où tant d’autres ont échoué? 

A ces interrogations légitimes, il répond:

Si je pense réussir, c’est justement parce que je ne vais pas chercher à tout faire, je veux clairement exposer un dessin, vous en convaincre. Ce que je ferai, je le ferai avec vous. 

En cette fin d’année 2018, soit deux ans après la publication de Révolution, ces deux phrases entrent en phase avec notre brûlante actualité. L’insurrection du peuple réuni sous la bannière des Gilets Jaunes précipite ce moment inéluctable où Emmanuel Macron doit conformer ses actes à ses paroles : faire « avec » le peuple et non plus sans lui, encore moins « contre lui », comme le lui a rappelé François Bayrou samedi 1er décembre, tandis que Paris brûlait.

Vers un scrutin proportionnel

Il existe bien une manière constitutionnelle de gouverner directement avec le peuple : le référendum. Mais le déni de démocratie du référendum français sur le traité établissant une constitution pour l’Europe du 29 mai 2005 est resté gravé dans les mémoires. Le peuple n’y croit plus. Alors, une autre manière de procéder serait que le Parlement soit plus représentatif de la société française: en d’autres termes, que le peuple envahisse les bancs de l’Assemblée nationale et du Sénat. C’est cette deuxième option qui serait proprement révolutionnaire. Compte tenu de la situation actuelle, c’est cette option qui se profile immanquablement. D’ailleurs, c’est bel et bien cela qu’Emmanuel Macron appelait de ses voeux dans Révolution.

Les Français, à juste titre, considèrent que leurs représentants ne leur ressemblent pas. Un quart seulement des parlementaires, et ce malgré la loi sur la parité, sont des femmes. Trente-trois sont avocats et cinquante-quatre sont des cadres de la fonction publique. Leur poids à l’Assemblée est démesuré par rapport à leur poids dans la société. A l’inverse, une seule parlementaire est issue de l’artisanat, alors que les artisans sont plus de trois millions dans notre pays, et tout juste une douzaine à peine de parlementaires sont issus de la diversité. […] Introduire davantage de proportionnelle […] est d’évidence une solution. 

L’introduction de davantage de proportionnelle est une proposition régulièrement faite mais systématiquement remise à plus tard. Rien ne changera sans l’accord des grands partis politiques … à moins d’une révolution. Parmi leurs revendications, les Gilets jaunes révoltés déplorent l’absence de représentativité du Parlement: elle leur pose un problème démocratique. Mais désormais, les Français ne veulent plus seulement être représentés par d’autres qu’eux: ils veulent faire de la politique. La vraie.

Dans Révolution, Emmanuel Macron avait bien envisagé la situation:

Si les partis ne se transforment pas, la représentativité du Parlement ne servira à rien. […] La clé, c’est justement de faire en sorte que la société s’empare de la politique. […] Le mouvement que nous avons lancé, En Marche!, doit à ce titre donner l’exemple.

Emmanuel Macron aspire donc à la même chose que les Gilets jaunes: la création de nouvelles forces politiques pour définitivement en finir avec les partis politiques traditionnels. En peu de temps, de nouveaux et nombreux partis politiques se sont d’ores et déjà créés et commencent petit à petit à émerger: l’UPR, Place publique, Génération.s… Rien n’exclut que les Gilets Jaunes eux-mêmes se transforment en une seule ou en plusieurs forces politiques.

Visiblement, nous ne sommes qu’au début de la Révolution. Elle ne se fera pas sans violence, car c’est par elle que tout peut prendre enfin forme. Personne n’ose dire que la violence provoque le changement, mais tout le monde le sait. Toutefois, les pires débordements peuvent encore être évités si Emmanuel Macron prend immédiatement les meilleures décisions, s’il s’adresse au peuple avec des mots qui l’engagent absolument: voilà ce que le peuple attend de son Président. Il n’est jamais trop tard pour reprendre les choses en main. Impossible n’est pas Français! Affermie et stabilisée, la République, soyons-en sûrs, supportera cette nécessaire évolution.

David Jarousseau

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