#punchlines Yann Moix vs Police: la « montée aux extrêmes »


Yann Moix police

Dans l’émission « Les terriens du samedi » du 22 septembre 2018, Yann Moix s’est lancé dans une violente diatribe à l’endroit des forces de police, dont deux représentants se trouvaient face à lui. L’accusation de l’écrivain portait sur la lâcheté présumée des policiers français, coupables selon lui de réprimer avec zèle et disproportion les manifestants pacifistes, les populations d’origine immigrée et les migrants. Avec froideur, l’ancien chroniqueur d’ONPC s’est adressé à ses interlocuteurs ainsi:

Si vous venez dire ici que les policiers ont peur, vous savez bien que la faiblesse attise la haine. Dire que vous chiez dans votre froc, alors que vous faites un métier qui devrait prendre cette peur en compte… […] La peur au ventre, vous n’avez pas les couilles d’aller dans les endroits dangereux.

L’intérêt de la séquence porte moins sur la nature du propos – infondé, grossier, caricatural – que sur sa conséquence immédiate, à savoir la réaction des policiers. Stupéfaits et blessés, ils lui ont répliqué en s’alignant sur son lexique, reprenant ses éléments de langage, comme par mimétisme. Faute grave: c’était exactement l’effet souhaité par Yann Moix de sidérer l’adversaire sur un terrain dont il n’a pas l’habitude – les médias –  en le calomniant publiquement, afin qu’il se mette en colère, qu’il surenchérisse et qu’il se ridiculise.

Ce qui devait arriver arriva. Dès le lendemain, sur les réseaux sociaux, dans la presse, sur les plateaux de télévision, divers représentants de la police, visiblement très remontés, sont revenus sur les propos scandaleux de l’écrivain; et plutôt que de prendre de la hauteur en temporisant, ils se sont épanché sur les difficultés rencontrées par le personnel de police sur le terrain, concédant à Yann Moix que la « peur » était dans leur camp. Pis: ils ont aligné leur vocabulaire sur celui, grossier, de Yann Moix: un comportement indigne d’un représentant de l’Etat.

Même mis devant le fait accompli, il ne faut jamais laisser les émotions dicter sa conduite et l’emporter sur la raison. Yann Moix est connu pour sa parole libre et pour être passé maître dans l’art de la provocation, au sens propre que revêt ce mot – du latin pro vocare, ce qui signifie « appeler dehors », « faire venir », « faire naître quelque chose ». Ainsi, en jouant l’effet de surprise sur un plateau de télévision – son terrain de chasse et de prédilection – l’écrivain savait bien quelles seraient les conséquences de ses paroles: une polémique qui lui serait défavorable si les policiers refusaient la « montée aux extrêmes », favorable s’ils rentraient dans son jeu…

Et quelques jours plus tard, le 25 septembre, coup de théâtre: Yann Moix sort de son silence et revient sur son propos polémique:

Ce n’est pas moi qui suis venu dire à la télé que les policiers avaient peur. Ce sont les policiers eux-mêmes. […] Je l’ai dit avec des mots grossiers, que je regrette. J’ai manqué d’intelligence sur cette manière de m’exprimer.

Aucune excuse. Yann Moix déclare simplement regretter le vocabulaire malpoli qu’il a employé, indigne de l’ intellectuel de haut rang dont il se réclame; en aucun cas il ne retire le sens du propos outrancier tenu quelque jours plus tôt. Ainsi, après avoir ouvert la séquence, il la clôt, respectant ainsi cette cruelle devise machiavélique : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. »

En inaugurant puis en clôturant la séquence, ce qui témoigne de sa parfaite maîtrise de la communication médiatique, l’écrivain a bien atteint son objectif de nuire à la crédibilité la police. La méthode employée est efficace : d’abord, sidérer l’adversaire en l’insultant de manière disproportionnée sans qu’il s’y attende en espérant être copieusement insulté en retour; ensuite, disparaître du champ médiatique et laisser l’adversaire continuer de s’apitoyer et de s’épancher dans les médias, ternissant son image; enfin, feindre des excuses quelques jours plus tard en remuant le couteau dans la plaie.

De cette séquence catastrophique pour l’image de la police, il faut réfléchir aux enseignements issus du plus lointain passé :

Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien! moi je vous dis de ne pas riposter au méchant; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. » (Matthieu 5, 38-42)

Or, tendre l’autre joue, ce n’est pas se taire et rester immobile; tendre l’autre joue, ce n’est pas se laisser faire. Tendre l’autre joue, symboliquement, c’est donner à l’adversaire l’occasion de s’excuser sur le champ ou lui laisser le champ libre de s’enfoncer davantage. Lui laisser la pleine et entière responsabilité de ses propos. Car celui qui répond à l’insulte par l’insulte, perd. Celui qui répond à l’insulte par le silence ou la sage indifférence, remportera la victoire.

David Jarousseau

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