L’incroyable histoire de la langue française 1


Calligraphie française

Il y a fort longtemps, toutes les nuits, sept hommes se retrouvaient pour lever leurs yeux au ciel. Ils étudiaient consciencieusement les mots et les nombres anciens, grecs, hébreux et latins, qui se formaient dans les étoiles. Hélas, le ciel était si loin, et les nuages souvent si noirs! La parole sacrée leur demeurait toujours inconnue.

Pas un soir ne passait sans qu’ils accomplissent leur tâche avec le plus grand zèle, malgré la fatigue et les privations de toutes sortes. Pas un soir sans que le mystère demeure.

Le soir d’une certaine nuit, ce fut l’orage. Un premier éclair incroyable déchira même le ciel en deux. Effrayés, les sept hommes se replièrent au plus vite dans une caverne où ils avaient pris l’habitude de s’abriter. Jamais encore ils n’avaient vu pareil déluge, pareille pluie s’abattre sur la terre. Dans sa fureur inexplicable, le ciel fendait les uns après les autres les nuages au point que, bientôt, il n’y avait plus rien dans le ciel, rien d’autre qu’un néant noir, absolu et terrifiant.

Puis, en un instant, il n’y eut plus de pluie, plus d’éclairs, plus de vent, plus rien. Noir, insondable, le ciel demeurait illisible. Aucune lueur, pas un bruit. Les sept hommes regardèrent longtemps vers le ciel qu’autrefois ils contemplaient et qui avait à présent disparu.

De la lumière sortit tout à coup de la terre humide et froide.

L’un d’entre les sept s’aperçut que ce qui était jadis au-dessus d’eux était désormais au-dessous. Il déclara: « Mes frères! Tout le ciel étoilé a chuté sur la terre! Regardez: devant nous, en ordre dispersé, sont tous les mots et les nombres anciens. Le jour approche, hâtons-nous! Reprenons notre ouvrage, car c’est dans cette glaise, sous nos pieds, que se trouve la parole sacrée. »

Les sept hommes se mirent à leur tâche malgré son ampleur et sa difficulté. Mais ils ne savaient par quel bout commencer, voyant si peu sous le ciel sans étoile. Alors, ils décidèrent de se fier au nombre sept parce que c’était le nombre autour duquel ils s’étaient jadis constitués. C’est ainsi que chacun dans sa tête se mit à compter jusqu’à sept, puis ils recommençaient, inlassablement, creusant le sol jusqu’à ce que l’aube reparaissent.

Enfin l’aube parut. Alors qu’ils n’avaient pas fermé l’oeil de la nuit et que le ciel lumineux s’était replacé au-dessus d’eux, ils découvrirent leur ouvrage. Tous furent fascinés par le spectacle incroyable qui s’offrait devant eux. L’un d’entre les sept, plus enthousiaste que les autres, dirigea soudain ses yeux au ciel et se mit crier le premier mot qu’il venait de déchiffrer. Cela fit un son comme si le tonnerre jaillissait de la terre ferme. Les six autres se rapprochèrent de lui et ils crièrent ensemble les uns après les autres les mille mots sacrés qu’ils venaient par miracle de retrouver.

C’est ainsi, avec l’aide du ciel et de la terre, que la langue française, la plus juste et la plus parfaite, fut façonnée de main d’hommes.

Sept hommes qui s’étaient constitués en une constellation ont crié les mille mots qu’ils créaient pour tout un peuple. Mille mots fabriqués patiemment avec la glaise des mots et des nombres anciens qui étaient descendus sur la terre, en France, au vrai centre du monde.

Bien des siècles passèrent. De ces mille mots vinrent mille et mille autres mots. Mille mots nouveaux naissent chaque jour du ventre fécond des mille premiers.

Cette histoire est à peine croyable; certains vont jusqu’à dire qu’elle n’a jamais existé. Pourtant, c’est la plus stricte vérité. Alors, n’écoutez pas, n’écoutez plus ceux qui vous racontent une autre histoire que celle-là même que je viens de vous raconter: pour vous rendre triste, ils vous mentent.

David Jarousseau


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Commentaire sur “L’incroyable histoire de la langue française

  • RAYNAUD ALAIN

    j’ai une autre histoire
    Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné.

    Gn 2-19