Comment convaincre sans arguments?


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Gagner le débat public consiste à exercer une pression sur l’adversaire à partir du poids des arguments. Mais nous savons que cela ne saurait suffire pour remporter la victoire: l’adversaire peut riposter en s’appuyant sur d’autres arguments tout aussi crédibles que les nôtres. Puisque l’argumentation est un critère nécessaire mais non suffisant pour faire plier l’adversaire et convaincre le public, bien d’autres leviers doivent alors nous être connus pour le soumettre et pour le vaincre.

Un premier levier est la renommée de l’adversaire : cela signifie que le passé de l’adversaire est une somme d’informations à notre disposition dont nous pouvons nous servir. Quand le passé de l’adversaire est son point faible, nous devons l’attaquer sur ce point. Cela étant dit, nous devons rester vigilant: l’adversaire peut rétorquer que nous alimentons des rumeurs infondées ou que nous ignorons la réalité des faits.

Un deuxième levier est le silence. Sans que nous ne disions rien, nous exprimons notre réprobation. Ce levier est d’autant plus efficace si l’adversaire peine à structurer son propos correctement et se perd lui-même dans une argumentation que le public ne saisit pas davantage. Cela étant dit, nous devons rester vigilant: sitôt que l’adversaire réussit à construire une argumentation cohérente vient alors le moment de l’interrompre.

Un troisième levier est le questionnement. Cela consiste à demander à l’adversaire avec insistance des preuves de ce qu’il allègue, ou en lui demandant si les propos qu’il tient sont sérieux. C’est le moment de lui couper la parole afin de déconstruire son argumentaire. Cela étant dit, nous devons rester vigilant: à trop l’interrompre, il peut exprimer un agacement perçu comme légitime par le public.

De tout ce qui précède, gardons en mémoire que nous augmenterons les chances de victoire en prenant bien en compte une réalité: c’est le public et lui seul qui jugera du vainqueur. Lui faire adhérer à l’idée que nous défendons implique donc une communication globale qu’il nous appartient de maîtriser.

D’ailleurs, remporter le débat provient moins de ce que disons que de ce que nous sommes. Or, qui sommes-nous en réalité? Le public ne le sait pas: il le sent. Souvent, cela lui suffit à rendre son verdict.

David Jarousseau

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