Pierre Conesa, Guide du petit djihadiste


Pierre Conesa guide du petit djihadiste

Pierre Conesa, Guide du petit djihadiste, Editions Fayard, Paris, 2016

Quel que soit le camp où l’on se trouve, on est toujours du bon côté – celui du Bien, celui des saints, celui des justes et des martyrs. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui que deux camps très vertueux s’affrontent depuis les attentats du 11 septembre 2001:  celui du Bien, les occidentaux, contre celui du Bien, les islamistes.

Chaque jour en France, certains de nos compatriotes rejoignent ce camp du Bien qui n’est pas le nôtre: que ce soit aux côtés de Daesh ou d’Al-Qaïda, des Français quittent notre territoire pour défendre l’islam radical et combattre l’Occident, maudissant par-dessus tout la France et sa laïcité libertine.

Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, Pierre Conesa destine son Guide du petit djihadiste au candidat à la lutte armée. Il lui distille de précieux conseils pour bien préparer son départ. Pédagogue, il le met aussi en garde contre les nombreuses difficultés qu’il risque de rencontrer sur place.

L’ironie étant devenue une bombe très délicate à manipuler, Pierre Conesa précise d’emblée aux éventuels censeurs que cet opuscule est à lire au second degré.

Le djihad: et pourquoi pas?

Pierre Conesa s’adresse au jeune candidat très remonté contre la France, contre son système judiciaire inique et contre cette politique d’« apartheid territorial, social, ethnique » qu’a déplorée le premier ministre Manuel Valls en janvier 2015. Après tout, on ne naît pas djihadiste, on le devient: Mohamed Merah, Amedy Coulibaly ou les frères Kouachi ont chacun eu une jeunesse très difficile dans les quartiers. De la Petite délinquance au djihad en passant par la case prison, la trajectoire est toujours la même. Pourtant, la justice française est plutôt clémente avec ses malfrats: il en aurait été tout autrement dans un pays où la charia est appliquée à la lettre, où l’on mutile, où l’on lapide, où l’on décapite et où l’on crucifie.

Le djihad n’est pas qu’une affaire d’hommes. Un nombre croissant de femmes qui se revendiquent du salafisme entrent en contact avec de preux combattants dans l’espoir d’être mariée à l’un d’eux. Mais pour ces prétendantes, la réalité n’a rien d’un conte de fées. D’abord, parce qu’ « une union peut être célébrée rapidement par Skype: nul besoin d’être sur place ni de donner son accord. Plus rapide qu’à Las Vegas! », ironise Pierre Conesa. Ensuite, parce que devenir l’épouse d’un guerrier ne va pas sans concession: d’autres femmes lui sont obéissantes. Enfin, la candidate, fut-elle mineure ou majeure, est mariée sans son consentement.

Comment bien préparer son départ?

Avant le départ, il est conseillé au candidat de s’être accommodé du mode de vie salafiste. En effet, les habitudes prises dans un pays de kouffar (« mécréants ») peuvent lui jouer des tours: « plus de bonbons, plus de conservateurs, plus de déodorant, plus de desserts lactés, plus de gâteaux industriels, plus de repas communs». Longue est la liste de ce qui est haram (« illicite »), sans compter les faux produits halal qui prospèrent. Surtout, il faut préalablement s’engager à rester fidèle au principe al sala wal bara (« l’amour et la haine au nom d’Allah »), ce qui signifie de ne plus fréquenter de non-salafistes dont, bien sûr, les membres de sa propre famille.

Pour finaliser les préparatifs du voyage et clore enfin sa valise, il est judicieux de connaître la tendance vestimentaire en vigueur. Le port du niqab pour l’épouse, du hijab pour la petite fille est obligatoire. Pour les hommes, la tenue est tout aussi importante: on porte le « kamis, vêtement d’origine pakistano-afghane, accompagné d’un saroual et de baskets Nike ou New Balance.[…]Il y a des règles à respecter: la longueur de la barbe, le pantalon qui doit s’arrêter au-dessus de la cheville pour ne pas ramasser d’impuretés ».

Quelle destination choisir pour faire le djihad?

Vient l’heure du départ… Mais où aller? Avec malice, Pierre Conesa montre la difficulté de sélectionner la bonne adresse avant de poser ses bagages. Certes, la Syrie et l’Irak demeurent des destinations privilégiées, notamment depuis le 29 juin 2014, date de la déclaration d’existence de l’Etat islamique par Abou Bakr al-Baghdadi. Mais il reste d’autres pays tout aussi alléchants pour faire son hijra (« émigration ») : le Nigeria, le Pakistan, la Somalie ou encore la Tchétchénie. L’Arabie Saoudite, que Pierre Conesa surnomme avec tendresse « le Disneyland du salafisme, le « Canada Dry » de l’Etat islamique », peut aussi avoir ses charmes.

Personne ne sera dupe de l’ironie mordante de ce Guide du petit djihadiste. Alors, on ressort de la lecture de cet ouvrage avec un profond malaise: le radicalisme des salafistes fait écho à la précaution prise de rappeler que ce livre a été écrit au second degré. Un comble au pays de Voltaire: l’ironie doit désormais être dite pour être comprise.

David Jarousseau

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *