Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu


Philipe de Villiers, le moment est venu de dire ce que j'ai vu

Philippe de Villiers, Le moment est venu
de dire ce que j’ai vu
, Albin Michel, Paris, 2015

« Un seul mot compte en politique: non! » Cette phrase attribuée à François Mitterrand par Roland Dumas dans Politiquement incorrect pourrait être la devise de Philippe de Villiers. « Non »: c’est par ce mot que le fondateur du Puy du Fou a exprimé sa désapprobation à l’égard des politiques qui ont été menées depuis quarante ans.  « Non » à l’oubli des racines chrétiennes de la France, « non » au différents traités européens, « non » au mondialisme atlantiste.

Dans Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Philippe de Villiers revient sur les désillusions qui ont jalonné son parcours politique et sur les causes de son refus systématique d’adhérer au projet européen. Aujourd’hui retiré des affaires, Philippe de Villiers est libre de dire ouvertement ce qu’il juge bon de dire aux français, au grand dam des grippeminauds et des sottards.

La France sortie de l’Histoire

Elève de l’ENA de 1976 à 1978, Philippe de Villiers découvre la singularité de cette institution élitiste créée en 1945. A l’ENA, « on ne cherche pas à penser, à réfléchir, mais à reproduire. » Les élèves sont préparés à gouverner de façon pragmatique en s’habituant à penser par décret pour résoudre rapidement n’importe quel problème de société. En conséquence, le pragmatisme prévaut sur le reste: à l’ENA, on travaille avec la raison, jamais avec le coeur, jamais avec l’imagination, jamais avec la France chevillée au corps.

Une fois sorties de l’ENA, de quoi rêvent nos élites? Au contact du président Valery Giscard d’Estaing, qu’il surnomme avec tendresse le « Colin froid », Philippe de Villiers découvre leur utopie: faire « sortir la France de l’Histoire » au prétexte de « l’abriter du tragique » en oeuvrant à la création d’une Europe fédérale et atlantiste. Pourquoi? Parce que l’Histoire de France invalide la « mondialisation heureuse » (Alain Minc). Pour être dans le coup, mieux vaut donc déclarer « 1664 » année de création de l’Europe, comme le fit Jacques Chirac devant une assistance médusée, une Kronenbourg à la main.

Contre le fédéralisme européen

A l’approche du référendum sur le traité de Maastricht, Philippe de Villiers redoute plus que tout le projet européen tel qu’il se profile. S’il conçoit une Europe des nations, conviction qu’il partage avec le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, il refuse l’idée giscardienne d’un fédéralisme européen. Rétif à la monnaie unique qui signerait la fin de notre souveraineté, il s’agrège donc aux eurosceptiques de gauche comme de droite. Hélas, en dépit de sondages encourageants, le « oui » l’emporte finalement.

Avant même que le traité de Maastricht ne soit finalement adopté en 1992, Philippe de Villiers avait déjà pressenti que « [l]’Europe unie n’était qu’une étape. C’était la première cuillerée d’huile de foie de morue. Il y en aurait une autre: le marché planétaire. » De traité en traité, le projet européen a bel et bien pris cette direction du mondialisme intégral. Aujourd’hui, c’est le TAFTA qui suscite bien des inquiétudes, notamment à cause du droit qui serait accordé aux multinationales de faire plier les nations à leurs exigences. Au lieu d’être la Fille aînée de l’Eglise, la France deviendrait la fillette docile des Etats-Unis avec laquelle on peut parfois faire quelques bonnes affaires.

L’Europe: de Brest à Vladivostok

Comment la France peut-elle retrouver sa grandeur d’antan? Philippe de Villiers pense que la France doit faire montre de courage et d’intelligence en donnant du mou à la corde qui la lie aux Etats-Unis afin de rétablir le dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine. Ensemble, les nations européennes et la Russie pourraient devenir beaucoup plus puissantes que les Etats-Unis! Mais l’argument économique ne serait rien sans la Renaissance des racines chrétiennes de l’Europe que favoriserait un rapprochement de la communauté orthodoxe:

« Si l’Europe et les nations européennes veulent sortir de la récession, voire d’une disparition pure et simple – puisqu’on nie aujourd’hui les valeurs chrétiennes qui ont forgé leur identité -, elles doivent se tourner vers le monde orthodoxe qui résiste envers et contre tous à une forme de décadence occidentale reposant sur l’individualisme absolu, le nihilisme transgressif et le consumérisme globalisé. »

David Jarousseau

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