Pour en finir avec l’ Histoire de France


De l’esclavage des graines
(Sur un air du Très-Illustre Montesquieu)

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de gommer notre Histoire de France des manuels, voici ce que je dirais.

De Gauche comme de Droite, de Michel Onfray à Alain Finkielkraut, de Jean-Pierre Chevènement à Philippe de Villiers, des voix tristement célèbres s’élèvent et crient leur indignation face à la crise que traverserait l’Education nationale. Derrière cette inquiétude qui caractérise les esprits chagrins, un constat s’impose: une fois le baccalauréat en poche, souvent avec mention, un élève normal sait qu’au commencement n’était pas le Verbe mais la modernité, et qu’avant cela, c’était le tohu-bohu, à savoir l’Antiquité et le Moyen-Age.

Par une étude raisonnée de l’Histoire de France, il devient clair que ce pays est grandement mauvais. Hormis la Philosophie des Lumières, la loi de 1905, la Résistance et la Décolonisation, tout montre que ce pays est maudit, surtout à cause du christianisme et de la monarchie. Pourquoi diable s’encombrer encore d’une Histoire où l’Homme ne fait que tuer son semblable – son frère? Certes, nous autres sommes des géants juchés sur de bien naines épaules. Et, face à ses crimes, la France est plus grande quand elle est à genoux.

Qu’on jette maintenant l’Histoire de France à la poubelle! Le tri sélectif que nous opérons avec conscience permet déjà de nous débarrasser de ce qui est nocif au « vivre-ensemble », c’est-à-dire à peu près tout. A ce titre, on a bien tort d’encore se référer au Général de Gaulle: si l’on murmure que cette personne aurait fondé la Vème République, cela reste à prouver. Alors, quand je-ne-sais quelle ex-ministre cite je-ne-sais quelle phrase de je-ne-sais quel ouvrage sur ce personnage, c’est bien parce qu’elle ne l’a pas lu.

En réalité, c’est le fait d’avoir une histoire trop longue et trop compliquée qui pose problème. Voire une histoire tout court. D’ailleurs, nous autres diplômés, en quoi sommes-nous responsables de ce qu’ont fait nos prédécesseurs? Au nom de quoi leur existence, leurs erreurs et leur croyance d’un autre âge nous concernent-elles donc? Il faut en finir avec les déterminismes pour devenir libre! Non, pas un homme ne pérennise le péché originel de Monsieur Adam; non, pas un homme n’est enfermé dans une identité. Les enfants de France doivent devenir libres de devenir ce qu’il veulent, au moment où ils veulent, s’ils le veulent. Et puis s’ils ne le veulent pas, ce dont nous doutons, nous les y contraindrons quand même pour favoriser leur mieux-être. De toute manière, les enfants n’appartiennent pas à leurs parents.

En somme, moins nous aurons d’ancêtres, moins nous aurons de patrimoine, et plus nous vivrons en paix pour de bon. Celui qui a des racines, c’est celui qui a de la mémoire. Or, c’est folie de se souvenir de ce dont on n’a pas fait l’expérience soi-même; donc, c’est folie de nous constituer prisonnier d’une histoire qui nous est étrangère. La science, qui dit tant de choses justes, nous a bien expliqué que l’Homme descend du singe: la preuve, s’il en était besoin, c’est que comme lui, l’Homme aussi a une âme.

Et puis, celui qui a de la mémoire ne pense qu’à une seule chose: venger ses aînés. Ainsi, pour obtenir la paix éternelle, il faut préciser aux jeunes générations que seul le présent compte, que le passé n’est qu’obscurité, et que le futur n’existe pas. En conséquence, le rôle pédagogique de l’Education nationale est de créer ces conditions du « vivre-ensemble » en faisant remonter les origines de la France au strict nécessaire: hier. Pourquoi? Parce qu’un enfant qui n’appartient à aucune Histoire n’a ni regret, ni imagination, ni fantasme, ni frustration : il est vivant, tout simplement! Il répond à son instinct, cherche à satisfaire ses besoins les plus élémentaires. « Comme une bête », pleurnichent les délicats. Pour leur gouverne, le grand Aristote se tromperait-il en disant que l’homme est un « animal politique », au même titre que les termites ou les abeilles?

Les réacs passent le plus clair de leur temps à nous accuser de faire en France ce que les djihadistes réussissent à Palmyre: table rase du passé. Or, depuis quand l’amnésie rend-elle malheureux? On sait bien que les souvenirs rendent les individus très mélancoliques et d’humour ronchonne. Au contraire, pour celui qui ne se souvient pas, tout est à découvrir chaque jour! Tout est nouveauté et exaltation des sens! Alors, désapprenons les choses et créons des générations de philosophes: Socrate lui-même ne faisait-il pas état de sa vertu – l’ignorance?

David Jarousseau

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