Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie


Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie, Editions Le Bord De L’Eau
Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie,
Editions Le Bord De L’Eau
, Paris, 2015

Comment l’individu évolue-t-il au sein d’un système dénué d’éthique globalisée, tout en obéissant à des règles morales régissant tous les domaines de sa vie ? Le paradoxe de notre temps, selon Mark Hunyadi, réside dans ces principes éthiques omniprésents dans nos existences et pourtant incapables d’éclairer le bien-fondé des modes de vie qui nous sont imposés.

Petite Ethique et Modes de vie

Mark Hunyadi pose la notion de « Petite Ethique », ou « somme des éthiques restreintes », qui est l’ensemble des lois morales à respecter dans tous les domaines de la société – vie personnelle, médecine, recherche scientifique, politique. Héritage des révolutions françaises et américaines, la Petite Ethique se porte garante des sacrosaints droits et libertés individuels. Or l’égalité, le respect, la non-violence, la sécurité et le contrôle assujettissent le citoyen, lui intimant une manière d’être, de penser et de réagir. Apparaissent alors les modes de vie : dans le travail, dans le rapport à l’autre, dans l’usage de l’automobile ou de l’informatique, les modes de vie sont partout et servent d’interface entre le système et l’expérience sociale. Ils ne sont exigés par aucune volonté mais sont établis par une succession de décisions et d’innovations, par un processus de causes à effets, puis ils s’imposent à tous.

L’étau se resserre

Les garde-fous sensés protéger l’individu dans tous les aspects du système, à grand renfort de chartes, de labels et de commissions, ne posent jamais la question du jugement éthique des modes de vie, exempts de toute évaluation morale. Sans questionnement de fond ni critique générale, naît ce paradoxe d’une société incapable de réfléchir aux conséquences des normes qu’elle inflige. En guise d’illustration, l’industrie développe des robots que des comités éthiques observent pour savoir comment les machines doivent nous servir, sans pour autant se demander si elles doivent le faire, si elles sont légitimes. En voulant ainsi défendre la personne – sans jamais interférer avec sa vie privée – c’est le système qui est soutenu sans être jamais remis en cause. Pour l’homme moderne, tout se passe comme s’il devait rester à l’abri dans sa roue de hamster, confortablement installé et écarté de tout risque, sans que rien ni personne ne lui demande si c’est une vie de hamster qu’il désire. Pour faire simple et court, l’éthique contrôle les composants d’un tout, et non le tout lui-même.

Combattre un paradoxe

Dépassant la critique du capitalisme de Rawls ou d’Habermas – prédominance du travail, compétition, rendement – Mark Hunyadi imagine comme solution une nouvelle institution, de préférence virtuelle, qui protégerait la société de la dérive dénoncée. Son « Parlement des modes de vie » devrait, à l’échelle européenne, palier un manque crucial et juger le système avec une vision morale globale. Il devrait agir là où le bât blesse, entre le public et le privé. En effet, la neutralité de l’Etat dans les affaires individuelles se traduit par un face-à-face entre le politique et le citoyen ; le levier à actionner se trouve précisément entre le système et le monde vécu. C’est là qu’existent les modes de vie qu’il faut réorienter, pour agir ensemble et se défaire des carcans éthiques qui, à trop nous protéger, nous emprisonnent.

Guillaume Dupire

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