Béatrice Copper-Royer & Marie Guyot, Quand l’amour emprisonne


Béatrice Copper-Royer & Marie Guyot, Quand l’amour emprisonne, Editions Albin Michel, Paris, 2015

Béatrice Copper-Royer & Marie Guyot, Quand l’amour emprisonne, Editions Albin Michel, Paris, 2015

Comme l’enfer, l’amour est pavé de bonnes intentions : certaines attentions prodiguées à un être cher laissent des traces indélébiles. Mieux vaut donc ne pas penser, comme Luis Mariano, que l’amour est un « bouquet de violettes » car il peut aussi causer bien du tort à celles et ceux qui l’éprouvent.

Parents, conjoints, amis, collègues… L’amour est une donnée de l’expérience humaine qui altère les relations sociales. La journaliste Marie Guyot a cherché à en sonder les complexités au contact de la psychologue Béatrice Copper-Royer. Les témoignages sur lesquels les deux femmes s’appuient apportent des éléments de réflexion quant à la façon de se libérer de l’emprise de certaines personnes de son entourage.

L’Héritage de Mai 68

« On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance », « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave », « Il est interdit d’interdire »… Armée de ses slogans provocateurs, la génération de Mai 68 a fait éclater le modèle familial traditionnel dont le pater familias était le moyeu. Marie Guyot et Béatrice Copper-Royer tiennent compte de cette modification historique des moeurs pour expliquer en partie les difficultés rencontrées par les enfants de celles et ceux qui n’étaient encore que des adolescents en 68. Car une fois devenus adultes, certains avaient refusé de vieillir au point d’entretenir le rôle de « parent copain », au grand dam d’une progéniture désarçonnée ; d’autres avaient choisi d’éduquer selon l’ancien schéma familial, au risque que l’enfant ait l’impression que l’herbe est plus verte ailleurs et que sa liberté est niée.

La famille n’est pas le seul repère égratigné. Depuis que l’on veut « vivre sans temps mort et jouir sans entrave. », l’amour pour le sexe opposé (ou pas) donne aussi du fil à retordre. Le culte de la performance a standardisé les comportements et les attentes, que cette performance soit sexuelle… ou financière. Béatrice Copper-Royer confirme que le pouvoir d’achat est devenue l’unité de mesure du potentiel individuel : « Dans nos sociétés, [l’argent] symbolise le pouvoir, la sécurité et la liberté. C’est beaucoup! » Cette réalité doit pourtant être prise en considération pour pouvoir appréhender son rapport à l’autre avec davantage de sérénité.

Le travail, c’est la santé… de l’entreprise!

« Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner » : le célèbre slogan soixante-huitard promettait un retour aux sources, une vie authentique. La nécessité de travailler pour devenir un adulte a corrompu les belles illusions. Là encore, l’amour peut entrer en ligne de compte: il se définit davantage comme un souci de bien faire pour accéder à la reconnaissance de la hiérarchie ; là encore, montrer que l’on sait être performant, disponible, opérationnel peut conduire à se laisser emporter dans une spirale, jusqu’à ce que « les décors s’écroulent », comme l’écrit si justement Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe. A la suite du philosophe, Béatrice Copper-Royer rappelle d’ailleurs que « [l]es sociétés de consommation, qui créent des besoins matériels de plus en plus importants, renforcent l’idée que la réussite professionnelle est indispensable pour satisfaire ces besoins et être heureux. » Pour atteindre aujourd’hui le sommet de la pyramide de Maslow, gagner de l’argent semble en être la condition sine qua non.

Le monde du travail a aussi beaucoup changé depuis l’essor du lean management : imaginée au Japon par Toyota, cette manière plus distributive de faire fonctionner une entreprise modifie les équilibres structurels. Les relations professionnelles passent volontiers par le tutoiement, ce qui peut être déstabilisant. Soucieuse de se prémunir, la génération Y est tentée de créer sa propre entreprise. Audacieuse initiative, à condition de ne pas devenir esclave de son travail et de fuir la réalité. Le cas échant, le risque devient réel de faire un burn-out, « concept américain du début des années 70, arrivé chez nous il y a trente ans environ. Et, comme tout ce qui a été identifié récemment, on a tendance à en répertorier beaucoup! »

Le salut par la confession

Comment retrouver sa liberté quand son entourage devient toxique ? Les témoignages retranscrits dans Quand l’amour emprisonne rendent compte du salut qu’apporte le fait de se confier à quelqu’un. A l’heure où Dieu ne fournit plus le mode d’emploi de la sagesse, un psychologue peut alors Le suppléer et apporter cette écoute attentive qui fait cruellement défaut aux  femmes et aux hommes d’aujourd’hui.

David Jarousseau

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