Samuel Laurent, Al-Quaida en France


Samuel Laurent, Al-Quaida en France, Editions du Seuil, Paris, 2014

Samuel Laurent, Al-Quaida en France, Editions du Seuil, Paris, 2014

Non, les attentats sanglants des 7, 8 et 9 janvier 2015 qui ont couté la vie aux journalistes de Charlie Hebdo, à des policiers et à des civils ne sont pas le fruit du hasard. Ils ont bien été perpétrés après un travail méticuleux et patient, dont les préparatifs et les motivations sont complexes.

« Nul n’est prophète en son pays »: Samuel Laurent n’a pas prévu cette tragédie. Cela dit, il a vigoureusement tiré la sonnette d’alarme dans Al-Quaida en France, essai publié en 2014. Pendant plusieurs mois, le consultant international a cherché à entrer en contact avec des djihadistes français postés à l’étranger. Il a voulu comprendre leur parcours et découvrir ce que deviennent ceux qui sont rentrés au pays.

Djihadisme et diversité

Les premiers temps de son périple l’amènent à Bengazi. Il y découvre l’incroyable essor des mouvements salafistes depuis que la France a libéré la Libye de Mouammar Khadafi. Il y retrouve aussi des contacts par l’entremise desquels il peut rejoindre le théâtre des opérations syrien. L’objectif: rencontrer des Français qui sont partis faire le djihad.

Une fois arrivé à Selma, en Syrie, il est mis en relation avec plusieurs français combattant le régime alaouite de Bachar el-Assad. Etonnamment, il n’existe pas de profil-type : du petit-fils d’immigré nord-africain au « Français de souche », le djihadisme s’inscrit dans la diversité. Mais c’est d’une seule voix que les djihadistes français déclarent combattre les valeurs progressistes et dégénérées de l’Occident, promeuvent le Dar al-islam (« la Maison de l’islam ») et oeuvrent par tous les moyens à l’instauration d’un califat islamique.

Etape en Somalie: à la rencontre des Shebabs

Pour remonter la filière, Samuel Laurent doit ensuite se rendre dans la ville la plus dangereuse du monde, Mogadiscio. C’est à partir de la capitale somalienne qu’il est conduit dans les Galgala, repaire terroriste où ni l’Union africaine, ni l’armée éthiopienne ne prend le risque de se rendre. Al-Shabbaab, organisation terroriste qui s’est développée en réaction à la guerre en Somalie, supervise la région.

Sur place, il fait la rencontre d’Abou Youssef, chef des shebabs. Au cours de leurs entretiens, Samuel Laurent découvre que c’est ici que les valeureux combattants français, repérés en Syrie, reçoivent une formation hors pair avant de revenir vivre en France ; que c’est ici que leur est appris comment « passer inaperçus pendant très longtemps, s’intégrer dans la société française, transgresser les règles du Coran pour tromper leurs adversaires… ». Nul besoin de former de trop nombreux heureux élus: une personne bien formée peut faire des ravages, comme l’a montré Mohammed Merah.

Al-Quaida en France

Les risques encourus par Samuel Laurent pour rencontrer différents acteurs de la mouvance salafiste méritent d’autant plus de retenir l’attention qu’ils permettent d’en savoir un peu plus sur les motivations d’un djihadiste.

D’une manière générale, un djihadiste méprise le monde occidental. Il méprise la démocratie car ce modèle politique est une fitna (une source de problèmes). Il lui oppose la communauté, l’Oumma, qui fait de chaque musulman un frère. En fait, il y a d’un côté le Dar al-islam (« Maison de l’Islam), de l’autre le Dar al-harb (« Maison des infidèles »). Parce que le second doit devenir le premier, par le djihad mineur ou le djihad majeur, la fin justifie les moyens.

Pour remplir sa mission, un djihadiste peut donc appliquer la taqiya, l’esprit tactique qui permet de contrevenir aux préceptes du Coran en des circonstances extraordinaires. Il est autorisé à pratiquer l’art du camouflage pour se comporter en parfait kafir (« infidèle »): jusqu’au jour de l’attentat, qu’il n’hésite pas à consommer de l’alcool, à s’opposer publiquement aux mouvances salafistes, à participer activement à la vie citoyenne… bref, un djihadiste dispose d’un kit complet pour être un bon « Français de souche. »

David Jarousseau

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