Claude Allègre, Ma vérité sur la planète


Claude Allègre, ma vérité sur la planète

Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Editions Plon, Paris, 2007

Quand le climat s’emballe, la politique panique et les médias répliquent. France, 2007: les candidats à l’élection présidentielle sont vivement invités par Nicolas Hulot à s’engager en faveur de l’environnement en signant son pacte écologique. Réceptif, José Bové saisit à sa manière et à bras le corps la question des OGM. Au même moment, le film de Al Gore sur le changement climatique, « Une vérité qui dérange », reçoit l’Oscar du meilleur documentaire et émeut la planète.

Pour Claude Allègre, ces trois hommes sont finalement représentatifs d’une posture inadaptée et dangereuse. S’il placarde le trio en haut de l’affiche – respectivement le bon, la brute, et le truand – ils ne sont pas les seuls à être épinglés dans cet essai acerbe du géologue, professeur et ministre, très au fait de la question environnementale : politiques, médias et scientifiques y sont critiqués avec la vigueur d’un mammouth.

Quels sont les torts de la « secte verte » ?

Malgré les bonnes intentions, qui pavent l’enfer et motivent les éco-fondamentalistes, Claude Allègre considère irresponsable de prôner la décroissance économique et de refuser la mondialisation. La réalité de notre monde est souvent ignorée par les « pastèques » des organisations et partis écolos : verts à l’extérieur et rouges à l’intérieur ! Car pour sauver notre planète, selon lesdites pastèques, il faudrait oublier le nucléaire – qui produit 78% de notre électricité – ou arracher les OGM – qui promettent d’inestimables progrès en médecine et pour l’alimentation mondiale. De plus, la mise en oeuvre de leurs propositions engendrerait un chômage sans précédent et accentuerait les inégalités, sur le plan national comme international. Mais les armes politico-médiatiques sont plus solides que la logique : le flux incessant d’images et reportages plus alarmants les uns que les autres piègent le spectateur en s’appuyant sur l’émotion, la culpabilité et le principe de précaution (« piège à cons », sic).

Vers une meilleure méthodologie interdisciplinaire

Afin d’aborder raisonnablement ce complexe sujet, Claude Allègre distingue les différents problèmes, analyse leurs causes et conséquences pour les traiter un par un. L’eau, les déchets, l’énergie, les OGM, la biodiversité: pour chaque domaine, un constat, une tendance, des perspectives – en somme, un plan d’action.

D’abord, une bonne collaboration entre le monde politique et celui de la recherche est indispensable: il faut se dégager d’une vision trop globale de l’écologie et appréhender notre environnement de manière locale. Ensuite, il est également nécessaire de faire fi d’une hiérarchie qui placerait soit la terre soit l’homme au rang d’entité à sauver et concevoir le système Terre/Nature/Homme/Société comme un ensemble. Enfin, on ne peut négliger les paramètres économiques (mondialisation et croissance) et démographiques (augmentation et urbanisation de la population mondiale). S’il est grotesque de demander à la Chine, à l’Inde ou au Brésil de ne pas se donner les moyens dont les pays du Nord ont abusé depuis la première révolution industrielle, il paraît possible d’imaginer une coalition Etats-Unis/Europe atour d’un projet rentable qui proposerait aux pays émergents une technologie innovante et respectueuse de l’environnement.

Contre les idées reçues

Claude Allègre met en doute l’exclusivité de la responsabilité humaine dans l’élévation de la température, ce qui lui vaut les plus vives critiques des âmes les plus généreuses. La hausse de concentration du gaz carbonique et le Global Warming sont symptomatiques des amalgames et des hystéries catastrophistes, d’une « imposture intellectuelle ».

Les mécanismes climatiques sont très complexes; les études, imprécises; les modélisations informatiques et les courbes erronées mènent à de fausses conclusions. Le schéma se répète : à la base, un rapport provenant d’une mauvaise démarche scientifique, puis un appui politique aboutissant à un vote, et enfin un écho médiatique menant au consensus. Le protocole de Kyoto est un parfait exemple de débauches de moyens pour un résultat insignifiant.

Force de propositions

Les énergies renouvelables – solaire, marémotrice, éolienne, géothermique- représenteront au mieux 20% de l’énergie en 2050. Il est impossible de se passer du nucléaire, du charbon et du pétrole. Si les avancées technologiques sont encourageantes, pour les voitures électriques par exemple, la solution est dans la diversité énergétique. Les OGM, combattus par ignorance par Ségolène Royal et José Bové entre autres, sont aussi un formidable espoir pour le défi que l’Homme doit relever d’ici trente ans, à savoir nourrir sainement 9 milliards d’individus. L’eau et le stress hydrique ne relèvent pas du problème technique, mais du problème de moyens. La politique européenne a failli sur ce sujet comme sur d’autres mais peut permettre d’obtenir des résultats si elle change de cap.

En définitive, il s’agit de faire de l’écologie le moteur d’un développement économique profitable à tous, sans renier la mondialisation, en réfléchissant point par point et localement. Les acteurs politiques et industriels doivent agir en interaction et passer d’une logique de taxation / interdiction / punition à un cercle vertueux d’incitation. Il nous faut revenir sur le principe de précaution et l’appliquer moins aveuglément pour ne pas nous immobiliser, ne pas nous exclure de marchés prometteurs comme notre pays l’a trop souvent fait. Avec raison, calme et méthode, il faut observer, mesurer, agir… et par-dessus tout, il nous faut nous adapter.

Guillaume Dupire

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *