Abd Al Malik, Allah et la France


abd al malik, Qu'Allah bénisse la France!

Abd Al Malik, Qu’Allah bénisse la France, Editions Albin Michel, Paris, 2007

En février dernier, Abd Al Malik réagissait à l’action terroriste contre Charlie Hebdo en publiant un court plaidoyer intitulé « Place de la République, pour une spiritualité laïque ». Il y défendait les valeurs de la France, qui lui sont chères, tout en mettant son pays en garde contre les préjugés qui perdurent. Dix ans plus tôt, le rappeur français achevait son premier livre, une autobiographie qu’il adaptera lui-même au grand écran : « Qu’Allah bénisse la France ».

Dans cet ouvrage, Abd Al Malik nous raconte son enfance, né Régis et à Paris, dont la famille d’origine congolaise s’installe dans le quartier du Neuhof, en banlieue sud de Strasbourg. La cité est réputée difficile, le chômage accable les multiples communautés qui s’y côtoient, la vie nocturne y est mouvementée ; dans ce contexte, le père de Régis quitte le foyer, sa mère se met à boire et, sous l’attention plus ou moins soutenue de la fratrie, le jeune homme court vers l’adolescence. Parallèlement à son parcours scolaire – dans lequel il excelle – il s’initie à la délinquance, est intronisé dans la musique urbaine, et entame un questionnement religieux central.

Trois thématiques très liées

Les pages consacrées aux balbutiements du rap français et américain offrent une chronique de la naissance d’une forme d’expression revendicatrice dont se détournera plus tard Abd Al Malik pour une musique plus orchestrée, accompagnant un slam plus personnel. Les intéressés iront chercher dans le livre ce qui nous occupe ici moins que les autres thèmes abordées dans cette autobiographie, à savoir l’éveil et le cheminement religieux dans la réalité d’une banlieue sensible. Il est toutefois évident que la musique n’est pas étrangère à la foi de l’artiste, véritable liant et source d’inspiration.

D’un côté, le jeune homme se passionne pour l’enseignement que dispense l’école privée catholique qu’il fréquente, tandis que d’un autre, il gravit les échelons de la « petite » délinquance locale aux côtés de sa bande. Les deux facettes sont assumées, celle de l’élève curieux et friand de culture religieuse et philosophique, comme celle du pickpocket cambrioleur dont l’assurance permet d’évoluer auprès des caïds du quartier.

Se détournant assez tôt du catholicisme parental, Abd Al Malik embrasse l’Islam. La question de la foi devient alors le moteur de sa vie, qui conditionne les relations du jeune homme. Commence alors un cheminement mystique jonché de doutes et de rencontres de figures tutélaires – celles du quartier ou des leaders plus célèbres comme Tarik Ramadan. Entre les différentes traditions et interprétations du Coran, Abd Al Malik hésite, discute, s’engage puis affine son attente envers la religion musulmane.

Un bilan incertain

Côté bad boy, le récit est honnête : l’auteur n’amplifie ses faits d’armes pas plus qu’il ne renie son implication dans le banditisme de cité. Mais si le point de vue proposé permet de se mettre, le temps de quelques pages, dans la peau d’un joueur dont les cartes au départ ne comptaient aucun atout, la lecture de certaines anecdotes et de leurs protagonistes, est parfois laborieuse. Que ce soit en tant que musicien ou en tant qu’escroc, l’interaction avec la spiritualité domine tellement le sujet que les histoires secondaires deviennent lassantes. Cette impression s’accentue jusqu’à la fin de l’ouvrage, qui laisse un vrai goût d’inachevé. Cela dit, c’est bien ce que l’on peut attendre d’une autobiographie d’un trentenaire.

Reste donc le thème central, l’Islam et son influence sur le rapport aux choses de la vie, à l’art, et aux autres… plus que sur le rapport à soi-même. Se pose une question cruciale : l’observance de l’Islam dans une banlieue difficile et bigarrée, où tous les profils coexistent – du croyant d’origine maghrébine peu pratiquant au Français converti et radical en passant par les fidèles les plus illuminés – n’est-elle pas dictée par le regard et le jugement des autres au lieu d’être déterminée par une quête personnelle, où l’individu fait face à (son) Dieu ?

Guillaume Dupire

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