Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro


Jeremy Rifkin la nouvelle société du cout marginal zero

Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro, Editions Les Liens qui Libèrent, Paris, 2014

A partir des années 90, la démocratisation de l’Internet a modifié en profondeur le rapport que les individus entretenaient les uns envers les autres. Il est aujourd’hui devenu facile de communiquer avec des personnes du monde entier, mais aussi d’échanger un grand nombre d’informations et de données, alimentant le Big Data.

Ce processus se fait au grand dam des entreprises capitalistes: notre incapacité à produire tout ce dont nous avons besoin (ou pas) leur permettait jusqu’à présent de nous vendre biens et services et de générer des bénéfices. Pour Jeremy Rifkin, ce monopole des grandes entreprises tend à disparaître au profit du partage de données via les communaux collaboratifs, pour un coût marginal zéro.

Du consommateur au prosommateur

Pour Jeremy Rifkin, nous assistons à la troisième révolution industrielle grâce à ces nouvelles technologies. Elle donne lieu à une société inédite de laquelle le capitalisme serait le grand absent. D’ailleurs, l’Internet des objets a déjà transformé le comportement des individus, qui ne sont plus de simples consommateurs: ils sont devenus des « prosommateurs », à la fois producteurs et consommateurs de leurs produits.

Demain, les prosommateurs disposeront du matériel nécessaire pour produire leurs propres objets. À partir de plans téléchargés sur Internet, tout un chacun pourra imprimer en grand nombre ce dont il aura besoin – un outil, un organe, une maison.

Vie et Mort du capitalisme

Pour se maintenir, les entreprises tentent vaille que vaille de s’adapter. Après avoir délocalisé leurs usines de production pour tendre vers un coût marginal, elles doivent aujourd’hui les fermer les unes après les autres et songer plutôt à vendre leurs plans à leurs clients… avec le risque, en dépit de l’arsenal juridique, que ces plans se retrouvent ensuite sur Internet.

Entre les consommateurs et les entreprises, la guerre est déclarée. Au contraire des premiers, les seconds s’opposent vigoureusement à cette démocratisation dérégulée et souhaitent durcir la protection de la propriété intellectuelle. Comme le rappelle Jeremy Rifkin: « pour [Bill] Gates, le logiciel libre, c’était le vol; pour [Richard] Stallman, c’était la liberté d’expression.»

Faut-il s’inquiéter de ce changement de paradigme et de la disparition du capitalisme? A la suite du sociologue Max Weber, Jeremy Rifkin pense le contraire: le remplacement des valeurs spirituelles par les valeurs économiques avait au contraire précipité l’humanité vers le « désenchantement du monde ». Internet ayant un coût marginal quasi nul, le spirituel reprendra naturellement le dessus car les prosomateurs ne se soucieront plus du matériel. Fin du matérialisme et de l’individualisme, début d’une ère mystique et fondée sur l’affrèrement.

Le XXIè siècle sera collaboratif ou ne sera pas

L’essai de Jeremy Rifkin soulève des inquiétudes : les individus continueront-ils de créer des objets pour les partager gratuitement avec l’Humanité, sans souci de reconnaissance? Par ailleurs, si les usines de production ferment puisque nous pourrons tout obtenir d’un simple clic, quel est l’avenir du travail salarié tel que nous le connaissons aujourd’hui?

Une véritable révolution intellectuelle doit se faire pour que puisse éclore une humanité altruiste, généreuse et désintéressée; le don, comme l’imaginait Marcel Mauss, y aurait une place cardinale. C’est un fait: le don se définit moins par l’objet partagé ou le service rendu que par le geste adressé en direction de l’autre. Reste à savoir si l’action généreuse de donner, alors même que l’on a tout, pourra encore avoir une quelconque signification.

David Jarousseau

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