Pour l’amour du risque


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Prendre des risques est une action ; prendre une action est un risque

Parachutes dorés, retraite chapeau… Depuis les scandales à répétition, la finance d’entreprise est observée avec défiance, et tout particulièrement la notion de dividende. A plusieurs reprises, le populaire Pierre Gattaz a pourtant rappelé que le dividende, tiré du bénéfice net, est la rémunération du risque pris par l’actionnaire en investissant. Cette réalité, mystérieusement, a encore du mal à rencontrer un écho favorable dans l’opinion publique.

Pourtant, être actionnaire, ce n’est pas seulement une question de gros sous: être actionnaire d’une TPE ou actionnaire d’une entreprise du CAC 40, c’est lancer un défi à l’incertitude dans une perspective de croissance. C’est la confiance accordée à l’entreprise en des résultats qu’elle ne peut garantir à 100%. C’est une espérance. Voilà pourquoi le fait de surtaxer les bénéfices inquiète les actionnaires au point d’empêcher les entreprises d’investir, d’embaucher, d’envisager l’avenir avec sérénité. En d’autres termes, le risque est un impôt qui coûte cher, non seulement à l’entreprise mais aussi au pays, puisque les impôts qui lui sont ponctionnés financent les caisses de l’Etat : près de la moitié des recettes fiscales proviennent de la T.V.A..

Le risque : l’ennemi juré de l’Education nationale. 

Le mépris de l’actionnaire n’est pas seulement dû au fait que Pierre Gattaz soit suspecté de ne rouler que pour les entreprises du CAC 40 ; c’est davantage le fait d’une construction philosophique à la française, qui fait du risque le synonyme d’irresponsabilité.

On peut donc pointer du doigt l’Education nationale, qui diabolise l’entreprise et détourne les élèves d’une philosophie du risque. Réviser ses cours serait la seule action qui garantisse de réussir ; aucun exercice scolaire, aucune discipline, rien n’engage l’élève à prendre des risques et à imaginer des solutions innovantes à un problème donné. A devoir prendre une décision sans réfléchir, sans y être préparé. Cela n’existe pas. On préfère protéger à outrance, sans comprendre qu’une telle pédagogie détourne les élèves de toute prise de conscience que la vie « n’est pas un long fleuve tranquille ». A tort, on préfère les couver: lorsqu’un élève prend une matière en option, la note obtenue ne sera prise en compte que si elle est au dessus de la moyenne. Or, un baccalauréat à 100% de réussite a-t-il encore une quelconque valeur?

Le risque : l’ennemi du « Principe de précaution« 

Pour les entreprises, la question du risque est similaire: le « Principe de précaution » prime sur le risque depuis qu’il est inscrit dans notre Constitution avec la loi Barnier de 1995. D’abord lié à l’environnement, il a ensuite contaminé tous les autres secteurs au prétexte du « risque zéro ». Mais en réalité, le « Principe de précaution » relève de l’intégrisme le plus extrême: avec le renversement de la charge de preuve, c’est même à l’industriel et non aux autorités publiques de prouver le risque zéro de son innovation… avec les risques judiciaires que cela suppose. On prend moins de pincettes avec les questions bioéthiques…

C’est bien notre Etat providence qui est à bout de souffle: il consacre le risque comme un principe d’irresponsabilité, alors qu’il est précisément un levier d’action essentiel pour la croissance et l’emploi.

Le risque : un moteur philosophique

Mais avant même d’être un moteur économique, le risque est un moteur philosophique. C’est en risquant quelque chose que j’engage ma responsabilité. Or ce n’est pas en prenant des précautions que l’on remporte des victoires! Il ne faut pas confondre la prudence, qui permet d’évaluer les chances de succès, avec la précaution, qui retarde l’échéance à plus tard. Sun Tzu, le célèbre stratège militaire chinois, a montré que le risque doit être solidaire de l’évaluation philosophique d’une situation donnée pour être opératif: là est la plus haute forme d’intelligence. « Tout ceci augmente les chances de victoire du stratège», dit Sun Tzu.

Même si Sun Tzu ajoute que « l’on ne peut rien dire à l’avance », est-ce pour autant une raison suffisante pour ne rien essayer? Au contraire: « il est dur d’échouer mais il est pire de n’avoir jamais tenté de réussir. », confirme Franklin Delano Roosevelt.

Le risque est la constante de la réalité: le prendre en compte n’est pas une raison suffisante pour renoncer à toute expérience, à tout empirisme de la connaissance. Il est donc urgent d’enseigner une philosophie du risque et d’en faire vivre l’expérience aux jeunes générations.

De l’urgence d’un enseignement du risque

Dans son dernier essai « Français, bougeons-nous! », Pierre Gattaz a donc tort lorsqu’il reproche à l’Education nationale de faire primer la philosophie sur les sciences économiques; mais il aurait tord de se priver d’égratigner l’Education nationale. En effet, il touche un point important lorsqu’il dit, non sans humour:

"Certains de nos concitoyens très érudits, faisant partie de l’élite française, bac + 5 ou bac + 7 minimum, ayant fait les plus belles études de la Terre, pouvant vous expliquer L’Esprit des lois de Montesquieu par le menu, vous raconter la bataille des Horaces et des Curiaces, ou les principales tendances politiques du siècle des Lumières, ne savent par ailleurs pas ce qu’est une excédent brut d’exploitation, et si Bercy souhaite le taxer ou pas."

Davantage de sciences économiques au sien de l’Education nationale? Former nos élites à l’entreprise et à l’économie de marché? Pourquoi pas. Mais la construction d’un homme authentique passe par la philosophie. Or, telle qu’elle est enseignée, elle se limite à l’idée dialectique du monde alors que les jeunes rêvent de pouvoir découvrir le sens de la philosophie, en quoi elle est absolument vivante, comment elle peut leur être utile. En quoi philosopher est un risque à saisir pour devenir libre. En quoi philosopher, c’est vouloir en découdre avec la réalité.

David Jarousseau

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