Les 35 heures, une loi maudite?


Les 35 heures, une loi maudite. Essai rédigé par Stanislas de Bentzmann, Pascal de Lima

Stanislas de Bentzmann, Pascal de Lima, Les 35 heures, une loi maudite, Editions Eyrolles, Paris, 2014

Dans la continuité de la réforme portée par le Front Populaire en 1936, fixant la limite du temps de travail à 40 heures, les lois Aubry promulguées en 1998 et 2000 ont permis de passer de 39 heures à 35 heures de travail hebdomadaire. Les enjeux de ces deux réformes caractéristiques de la pensée socialiste étaient de faire reculer le chômage et de tenir compte de la pénibilité au travail.

Mais entre 1936 et 1998, de l’eau a coulé sous les ponts. Au travail manuel s’est substitué la robotisation à une vitesse grand v, menaçant jusqu’à l’existence du prolétariat. Le secteur tertiaire, qui compte aujourd’hui 71,5% d’actifs, pose la question de l’abrogation des lois Aubry, maintenant que le processus de désindustrialisation de la France s’est accéléré depuis l’essor de l’Internet.

Dans les faits, les lois Aubry ont toujours causé plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu. Leur mise en place au sein des entreprises et des hôpitaux a crée une confusion administrative sans précédent. Leur incombe directement la perte de compétitivité du pays qui a contribué à plomber notre économie:  « la loi des 35 heures est responsable de 114,5 milliards d’euros de perte de PIB, de 54,96 milliards d’euros pour le budget de le France et de 11% de coût salarial supplémentaire », indiquent les auteurs. En effet, passer de 39 heures à 35 heures revient à accorder quatre heures de congés par semaine et par salarié. Et même s’il est toujours possible de travailler 39 heures, les quatre heures supplémentaires travaillées deviennent des RTT: le coût du travail, mécaniquement, n’a donc cessé d’augmenter. L’inflexion de la courbe du chômage s’est opérée… mais dans le sens inverse.

L’abrogation des 35 heures serait donc la condition nécessaire pour que la France retrouve de la compétitivité et le chemin de la croissance. Ainsi, pour ne pas donner l’impression de revenir sur un acquis social, Stanislas de Bentzmann et Pascal de Lima font cette proposition astucieuse: redéfinir la base de la durée légale de travail en passant à 38 heures hebdomadaires. Pour les cadres, des outils d’intéressement seraient même mis en place afin de compenser la perte d’une semaine de RTT.

Mais est-il si simple de revenir sur les 35 heures? Pour le ministre du Budget Michel Sapin, le problème qu’elles posent est cornélien: « si c’est une loi maudite, elle l’est pour tout le monde. Pour la gauche qui l’a faite, comme pour la droite qui n’arrive pas à l’abroger. »

Le risque est bien réel que personne ne le prenne…

David Jarousseau

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