Pierre Gattaz: « Français bougeons nous ! »


Livre de Pierre Gattaz, président du MEDEF

Pierre Gattaz, Français bougeons nous !,
Éditions du Nouveau Monde, 2014, Paris

Dans le combat que mène le gouvernement contre les préjugés de toute sorte, le président du MEDEF a choisi d’apporter sa contribution : les patrons, qu’on voit comme les rebuts de l’humanité, sont en réalité les « héros de la nation». Dans un pays comme la France où la lutte des classes est on ne peut plus vivace, la démarche consistant à dire qu’être patron au XXIè siècle, c’est être un résistant, peut prêter à confusion.

D’ailleurs, à quelles injustices dont souffriraient les patrons Pierre Gattaz fait-il référence ? Ne devrait-il pas plutôt se féliciter que notre premier ministre Manuel Valls ait récemment déclaré à nos voisins britanniques: « la France est pro business » ? Absolument pas : en 2014, les lois Hamon relatives à la pénibilité ainsi qu’à l’obligation d’informer les salariés en cas de cession de l’entreprise ont prouvé le contraire. Quid du CICE ? Même si c’est une mesure qui va dans le bon sens, elle n’est pas suffisante pour libérer de la croissance. Il apparait plus urgent de procéder au choc de simplification auquel s’était engagé le président Hollande. Les 85 codes dont 3 qui font plus de 3 000 pages (code du travail, code des impôts et code de l’urbanisme) et les 400 000 textes réglementaires, voilà ce qui terrifie les patrons : embaucher, c’est encourir un procès prud’homal en cas de licenciement difficile.

C’est le franc-parler du patron des patrons qui est souvent à l’origine de tensions sociales : le mode sur lequel il a remis en question le bien-fondé du SMIC a alerté les syndicalistes les plus tatillons, soucieux de préserver les acquis sociaux. Les caricatures dont Pierre Gattaz est l’objet sont conséquentes à ses prérogatives, formulées sans diplomatie, mais qui ont le mérite d’être claires : elles s’inscrivent dans les exigences de la mondialisation et de l’économie de marché.

Pierre Gattaz affirme que la priorité est de limiter l’intervention de l’État à ses fonctions régaliennes ; qu’une fois libérées d’une législation et d’une fiscalité trop complexes, les entreprises redeviendront compétitives, favorisant le retour de la croissance et de l’emploi. Posture contestable, certes ; mais tout aussi contestable que de croire en la relance de la croissance par la dépense publique. A l’heure où la dette française a dépassé les 95% de PIB, Pierre Gattaz a raison de rappeler que les temps bénis des trente glorieuses et des cerises sont terminés.

Pour mettre en œuvre les réformes structurelles et opérer un changement de mentalités, Pierre Gattaz en appelle à un enseignement plus précoce et plus général de l’économie : s’ils sont redoutables en histoire, en littérature, en mathématiques ou encore en culture générale, les français sont pointés du doigt par la dernière enquête PISA de L’OCDE, qui révèle leur ignorance en la matière. Aussi, sans négliger leur culture éternelle, ils doivent prendre acte de la perte de compétitivité de leur pays s’ils veulent que la France reste en lice… au risque qu’elle se dissolve réellement dans la mondialisation.

Une question reste en suspens : nos compatriotes préfèreront-ils que la France demeure une grande nation, ou qu’elle se transforme en notion économique ?

David Jarousseau

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