Que se cache-t-il derrière le pacte de responsabilité ?


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Au début de l’année 2014, le discours de politique générale de François Hollande contenait enfin une proposition audacieuse pour relancer la croissance et la compétitivité de nos entreprises: le « Pacte de responsabilité». A compter de 2015 seraient concédés 41 milliards d’euros aux entreprises (réduction des impôts et cotisations sociales, mesures de simplification administrative) en échange de création d’emplois.

Immédiatement, certains ont parlé du « cadeau » fait au patronat et au MEDEF. Pire ! D’un « virage social-démocrate », autrement dit d’une impulsion libérale et droitière dans une politique de gauche. Or, comment faire comprendre qu’un pacte n’est pas un cadeau ? Qu’un pacte induit au moins deux parties qui cherchent à établir un accord gagnant-gagnant par la concertation? Comment faire comprendre qu’un « pacte de responsabilité » est un investissement visant à favoriser l’embauche pour, une fois la croissance repartie, se donner les moyens d’augmenter les salaires ? Comment faire comprendre aux partenaires sociaux qu’une négociation est d’abord un dialogue entre compatriotes, et non pas une nouvelle lutte des classes? Comment faire comprendre que les sensibilités politiques et les caprices individuels doivent être mis de côté lorsqu’on parle des intérêts de la France ?

Tout se passe aujourd’hui comme si les mots avaient perdu leur sens ! En réalité, c’est la parole politique, elle seule, qui traverse une crise majeure. Cette crise est caractéristique de « l’ère du soupçon » dont parlait Nathalie Sarraute : tout propos tenu par un politique est aujourd’hui interrogé quant à sa signification réelle. Pas un seul propos n’est envisagé comme étant l’expression de la pensée véritable de son auteur. Comme si la parole politique était d’abord dissimulation du sens.

Comment en sommes-nous arrivés là ? A force d’avoir manipulé les mots dans tous les sens, à force de s’être illustrés par le maniement de la langue de bois, les politiques ont peu à peu perdu la confiance que nous leur accordions. Constamment, nous suspectons un usage frauduleux des mots auxquels ils recourent, tant ils les ont vidés de leur substance par leur « communication ». Dès lors, en 2014, un « pacte » ne peut plus être un « pacte » : c’est un « cadeau fiscal ». Et toute marque de confiance en la parole politique est un aveu d’ignorance. Alors, quand Henri Queuille écrivait que « [l]es promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », sans doute devinait-il que sa phrase deviendrait un jour la déclaration d’indépendance des citoyens vis-à-vis de leurs élites du moins, juste après qu’une élection soit passée.

David Jarousseau

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