Hubert Védrine, La France au défi


Hubert Védrine lance un défi à la France!

Hubert Védrine, La France au défi, Éditions Fayard, Paris, 2014

L’excellent système de protection, d’aide et de justice sociales français requiert la dépense publique la plus exorbitante des pays de l’OCDE (57% du PIB), ce qui limite considérablement la croissance du pays. Doit-on dès lors repenser l’Etat-providence ? Dans un monde devenu concurrentiel, il n’est plus possible que les français refusent que  soient engagées les réformes qui s’imposent. Au risque de déplaire à leurs concitoyens, l’Allemagne de Schröder et la Grande-Bretagne de Thatcher sont parvenues à les entreprendre en leur temps : ces deux pays connaissent aujourd’hui la croissance. En fait, tout porte à croire que les français ne supportent pas d’être comparés à d’autres peuples et vivent mal leur rapport à la mondialisation : il ont d’ailleurs raison de s’inquiéter de l’essor de pays émergents qui sont entrés en compétition, menaçant de les laisser sur la touche.

Pour Hubert Védrine, les causes de ce mal français se trouvent dans des engrenages « polico-enconomico-historiques » qui n’ont pas été acceptés. De plus, la chute du bloc soviétique et la construction européenne n’ont pas permis de constater sur le long terme les répercussions économiques tant espérées. Depuis, les français broient du noir, désignent les nouveaux boucs émissaires, différents selon les sensibilités politiques et les classes sociales, plutôt que de se retrousser enfin les manches, de coopérer, de s’entendre sur la façon de réformer le pays. « L’Europe, c’est la paix » ? Pour les français, l’Europe est plutôt une promesse non tenue de plus.

Pourtant, l’ex-ministre des Affaires étrangères nous rappelle à nous autres, français, que nous disposons d’atouts uniques dont nous devons prendre conscience : « notre statut, hérité de l’histoire ; nos institutions, qui fonctionnent malgré tout mieux que beaucoup d’autres ; la puissance militaire ; la présence, via les DOM TOM, sur les cinq continents ; la capacité économique et le haut niveau technologique ; […] la République ; la laïcité. » Les français manquent simplement de confiance en eux! Ils ignorent ce potentiel énorme qui ne deviendrait opérationnel que si et seulement si étaient enfin menées à leur terme les réformes nécessaires, quitte à déplaire au plus grand nombre. Las, toute velléité de réformisme est considérée comme relevant de la haute trahison, une menace pour la préservation des acquis sociaux. Timorés, les gouvernements successifs avancent pour mieux reculer.

Hubert Védrine lance un défi aux français en commençant par leur rappeler une chose simple : le pessimisme est affaire de philosophie, l’optimisme est affaire de politique. La réalité, c’est ce qui se passe ici et maintenant. Certes, il faut faire reconnaître notre histoire exceptionnelle et complexe, dont nous devons tout assumer. Mais l’actualité du pays exige aujourd’hui des concessions. L’urgence est de passer par une phase que de nombreux acteurs, de droite comme de gauche, appellent de leurs vœux : un réformisme radical ; une réduction drastique de la dépense publique; un État fort, qui soit le garant des fonctions régaliennes.

Qu’attendent donc les hommes politiques pour mettre en œuvre ce qu’ils promettent, ce pourquoi ils sont élus? Cela fait maintenant trente ans qu’ils manquent du courage nécessaire à l’application des réformes dont ils disent aux français l’urgence ! Hubert Védrine met donc les pieds dans le plat en posant le problème du carriérisme en politique, qui conduit les intéressés à penser davantage à leur réélection plutôt qu’à œuvrer pour le pays.

Le projet politique engagé depuis janvier 2014 par François Hollande, assumé et porté par notre premier ministre Manuel Valls, sera-t-il mis en œuvre ? Le gouvernement supportera-il son impopularité historique? Si certains de nos compatriotes ont cru hier en la devise « le changement, c’est maintenant », c’est aujourd’hui à tous les français, et non pas seulement à ceux qui ont porté François Hollande au pouvoir, de faire en sorte que le pays s’en sorte. En tout état de cause, aucun gouvernement de la Ve République n’a jamais fait consensus : dès lors, plutôt que de porter des projets de société insensés qui divisent les français, le pouvoir exécutif doit œuvrer maintenant au rétablissement économique de la France.

David Jarousseau

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