Daniel Cohen, La prospérité du vice


Daniel Cohen s'inquiète de la prospérité du vice à cause des dérives de la mondialisation

Daniel Cohen, La prospérité du vice,
Éditions Albin Michel,
Paris, 2009

A l’heure où tous les pays sont devenus des états-nations s’impose le temps de la réflexion pour bien comprendre le mécanisme de la mondialisation. Le phénomène consiste en l’impulsion d’un dynamisme schumpetérien de « destruction créatrice » selon lequel les sociétés rurales ont vocation à s’industrialiser, puis à opérer une mutation vers l’économie de marché. Or, en Occident, la mondialisation économique a montré qu’elle conduisait systématiquement, après une période de prospérité, à des catastrophes.

Ce processus fataliste trouve son explication dans le comportement humain : c’est le « vice ». C’est du moins ce que Bernard Mandeville affirme dans La fable des abeilles, parue en 1714 : « le vice est aussi nécessaire dans un état florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu, seule, rende jamais une nation célèbre et glorieuse. » Comme Janus, le vice serait en quelque sorte le double de la vertu civilisatrice ; il orienterait une société à développer le besoin paradoxal d’une croissance infinie dans un monde fini.

De l’Antiquité à nos jours, Daniel Cohen promène son regard inquiet dans l’Histoire des hommes. S’il remet en question la théorie de « la fin de l’Histoire » de Francis Fukuyama, selon laquelle l’économie de marché et la démocratie représentative constitueraient le devenir de toutes les nations, il déconstruit aussi celle de Samuel Huntington sur « le choc des civilisations » : l’Orient ne parviendra pas à reconstruire totalement sa puissance perdue. L’économiste redoute plutôt que les pays émergents, comme l’Inde et la Chine, à peine engagées sur la voie de l’économie de marché, rencontrent les mêmes désagréments que l’Europe, à savoir de nombreuses séquences de guerres et de reconstructions.

En fait, comme le croyait Kondratieff, il existerait des cycles qui mènent une société en pleine expansion à connaître irrémédiablement la récession. Puis à en sortir, pour retrouver de la croissance, et ainsi de suite, infiniment. Faut-il croire en l’existence de ce cercle vicieux qui serait le propre du libre jeu du marché ? Les gouvernements s’appuient-ils sur l’existence présupposée des cycles économiques pour fonder leur politique?

En France, François Hollande ne ferait-il alors que parier sur le retour de la croissance et l’inversion de la courbe du chômage pour s’assurer une réélection en 2017 ? Si, comme le rappelle Daniel Cohen, la mémoire collective est d’environ six mois, les français auront oublié les causes de l’impopularité de notre président pendant son quinquennat et observeront les résultats à quelques mois de la présidentielle : si le chômage baisse, François Hollande pourra être réélu. Finalement, le « vice » ressemble fort au fait de nous plaindre sans cesse d’une situation dont nous oublions que nous en avons décidé ainsi.

David Jarousseau

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