Umberto Eco, Construire l’ennemi


Umberto Eco, Construire l’ennemi

Umberto Eco,Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels, Éditions Grasset, Paris, 2014

Écrivain polyvalent, Umberto Eco est régulièrement invité à partager ses connaissances et réflexions au cours de conférences ou dans divers articles de presse. Au cas où nous serions passés outre ses récentes prestations, il réunit dans Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels le fruit de ses dernières élucubrations.

Les sujets sur lesquels le sémiologue italien est amené à s’exprimer sont aussi variés que l’élément feu, le style de Victor Hugo, la quête d’éternité ou les balbutiements de la cartographie mondiale. L’histoire littéraire, philosophique ou scientifique, est disséquée avec érudition, amusement et modernité. Comme à son habitude, il joue du trivial et du profond, use d’innombrables références, dissémine ses trésors de connaissance.

Qui est familier de son travail reconnaitra des thèses déjà développées ailleurs : on retrouve en effet des problématiques chères à l’auteur, comme les principes narratifs du roman (De la littérature), l’âme du fœtus (A reculons comme une écrevisse), les tâtonnements géographiques et astronomiques (L’île du jour d’avant)ou encore le mensonge et le détournement (pastiches et postiches).

Avant que ces thèmes ne soient librement traités, Umberto Eco raconte dans la nouvelle éponyme comment les sphères influentes désignent des adversaires dans le seul but de fédérer les sociétés. Articulée autour de nombreux extraits et citations, « Construire l’ennemi » met en relation différentes époques et cultures où est caricaturé le mal nécessaire à l’unité d’un peuple.

Le lecteur, parfois étourdi par l’amplitude du savoir étalé ici, est tenté de s’interroger sur la légitimité de l’auteur lors de telle ou telle logorrhée : tant de sujets abordés, aujourd’hui, appelle à la méfiance. Dans une ère où toute proposition ne peut être faite que par un expert – pour se voir souvent remise en cause par un autre – nous sommes cernés par des spécialistes de tout, mais d’un tout précis et cloisonné.

Toutefois, la diversité des sources, la pertinence de la construction ainsi que la connivence établie entre le disciple et le maître permettent à Umberto Eco d’asseoir son discours pour en produire une démonstration irréfutable. Alors profitons de cet écrivain, touche-à-tout formidable, ne boudons pas notre plaisir : laissons-nous impressionner.

Guillaume Dupire

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