Jean-Pierre Chevènement, L’Europe sortie de l’histoire ?


Jean-Pierre Chevènement, l'Europe sortie de l'Histoire

Jean-Pierre Chevènement,
1914-2014, l’Europe sortie de l’histoire ?, Éditions Fayard, Paris, 2013

Commémorer le premier grand conflit mondial impose le recueillement. Mais cela donne aussi à réfléchir quant à l’avenir des nations européennes, et de celui de la France en particulier.

En un siècle, la « Mère des armes, des arts et des lois » a décroché. La construction européenne, qui résulte de la Seconde Guerre mondiale, n’a pas eu sur elle les effets escomptés : la compétitivité de son économie décline, la courbe du chômage peine à s’inverser, son déficit commercial se creuse. En fait, depuis qu’elle s’est réunifiée, c’est l’Allemagne qui a réussi le pari de se hisser au rang de leader européen ; en Europe, elle seule bénéficie véritablement de la monnaie unique, introduite en 1999. Or, contrairement aux deux guerres mondiales dont elle porte la responsabilité, l’Allemagne n’a pas à rougir de son rayonnement : la France avait cru bénéficier d’un euro fort arrimé au mark dans la perspective de la monnaie unique, quitte à supporter des taux d’intérêts très élevés, au risque d’un déclassement sans précédent. Dans cette situation, l’ordo-libéralisme auquel Angela Merkel aspire pour dynamiser l’Europe ne semble pas convenir à la France.

Pour Jean-Pierre Chevènement, c’est donc la question de l’hegemon qui se pose en ce début de XXIème siècle. Si, sur le Vieux Continent, l’Allemagne tient le haut du pavé, sur le plan international, les États-Unis sont désormais entrés en concurrence avec la Chine : l’Empire du Milieu détient en grande partie la dette américaine et son excédent commercial lui permet de s’assurer un rôle prééminent dans les années futures. Il y a tout lieu de redouter que le traité transatlantique entre Bruxelles et Washington prévu pour entrer en vigueur en 2015 ne soit pas suffisant pour concurrencer la Chine et pour faire en sorte que les nations européennes redressent leur économie.

L’Europe risque-t-elle de sortir de l’Histoire ? Le « couple franco-allemand », symbolisé en 1984 par les mains jointes de Mitterrand et Kohl, a-t-il encore un sens ? A ces questions désenchantées doivent succéder la lucidité, la prise de responsabilité et la confiance en un destin commun. Pour cela, Jean-Pierre Chevènement considère qu’il faudrait faire de l’euro non plus une monnaie unique mais une monnaie commune, comme l’avait suggéré la Grande Bretagne en 1988. Pour l’homme politique souverainiste, le tabou de l’euro doit être levé : la devise condamne les pays européens à une politique d’austérité de laquelle il sera long et fastidieux qu’ils sortent compétitifs.

Faut-il donc réinventer l’Europe, en posant l’Europe des nations comme préalable à une Europe fédérale? Si l’on croit encore en une « Europe européenne », comme le Général de Gaule en appelait de ses vœux au début des années 1960, c’est par l’Europe « de Brest à Vladivostok » et par la concertation entre ses pays-membres, par une conformité à la devise de l’UE In varietate concordia (Unie dans la diversité), qu’un optimisme européen verra le jour.

David Jarousseau

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