Vers la disparition de la presse papier ?


scribe

Pour 2017, les experts prévoient que la presse écrite disparaîtra définitivement aux États-Unis. S’ensuivrait sa disparition généralisée, les pronostics annonçant la date de 2029 pour la France. C’est une mauvaise nouvelle pour les journalistes, une bonne nouvelle pour les forêts. Cependant, si la transition numérique est de nature écologique, ce dont on est en droit de douter, qu’en sera-t-il des élèves, qui rendent encore aujourd’hui leurs copies sur papier ? Il est logique d’imaginer qu’ils n’utiliseront plus à l’avenir ce support millénaire pour rendre leurs devoirs. D’ailleurs, de nombreux lycéens se rendent déjà à leur établissement munis de leur ordinateur pour prendre en notes l’enseignement du maître. La pierre, le papyrus, le parchemin, le papier appartiennent au passé ; c’est aujourd’hui sur un écran que je lis, c’est par le clavier que j’énonce, que je formule, que je parle.

Cela veut-il dire que la tradition orale va se substituer à la tradition écrite? Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’écrire du texte en parlant à la machine. A terme, nous pouvons imaginer que la parole sera codée en langage binaire (0 ; 1) et que nous saurons la décrypter instantanément. « Je t’aime » se dira « 1 ; 1 ; 0 ; 1 ». Nous n’aurons plus besoin de réformes de l’orthographe : nous ne saurons plus écrire mais nous saurons enfin parler !

Faut-il redouter une telle révolution ? Comme le rappelle le philosophe Georges Steiner dans son essai Maîtres et disciples, nous n’avons aucune preuve que Jésus lui-même savait écrire ! Steiner enfonce le clou : « de manière fascinante, les médias interactifs, susceptibles d’être corrigés et interrompus, les traitements de texte, les textualités électroniques de l’Internet et du Web pourraient bien marquer un retour […] à l’oralité. » Confiant mais vigilant, Steiner croit que la disparition de la tradition écrite rendrait possible un enseignement authentique et traditionnel, à l’image des plus grands professeurs que furent Jésus ou Socrate. Reste à savoir si nous saurons assimiler les savoirs sans l’usage de puces électroniques, bien plantées dans nos cerveaux.

L’arbre ou la puce : demain, il nous faudra choisir quelle mémoire nous voulons laisser à nos enfants.

David Jarousseau

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