Enseigner l’Histoire a-t-il encore un sens?


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L’historien a horreur du vide. Il ne supporte pas de ne pouvoir connaître l’intégralité des causes qui ont contribué à la production d’un évènement. Pour chercher à y parvenir, il aime à sonder ce que nous pourrions appeler « l’état quantique de l’Histoire », c’est-à-dire l’infiniment petit détail qui va lui apporter l’information supplémentaire à sa compréhension.

Or, quel est l’avenir français de la recherche en Histoire ? Dès 2010, l’historien Max Gallo redoutait le « zapping » de notre Histoire au sein de l’Education Nationale : de la Monarchie à l’Empire, des pans entiers du programme scolaire risquaient déjà de disparaître au profit de l’étude, superficielle, d’autres civilisations que la nôtre. Seule serait maintenue l’étude de notre plus récent passé, un passé que l’on sonde jusqu’à l’écœurement. Jusqu’à l’aveuglement. Car il n’est pas pensable que ce soit au XXème siècle que toute explication de l’état actuel des choses françaises puisse se trouver.

Parce que le Gouvernement semble considérer les ABCD de l’égalité comme prioritaires, il est devenu urgent de développer de nouveaux moyens de transmettre à la nouvelle génération les outils visant à étudier notre Histoire. Ainsi, elle pourrait en améliorer son appréciation en s’appuyant sur deux de ses conceptions possibles : l’histoire prise dans sa conception matérialiste, linéaire et déterministe, et l’histoire prise dans sa conception mythologique, spiralaire et acausale.

Dans le matérialisme dialectique, je peux expliquer un évènement qui s’est produit à un temps t par la somme des faits qui le précède et qui lui sont, selon moi, objectivement rattachés. En fait, c’est le principe de causalité que j’invoque. Or, il existe aussi des causes que je ne connais pas ou que je considère insignifiantes alors qu’elles ont peut-être concouru à la production de l’évènement à ce temps t. Dans la posture matérialiste, je crois donc connaître les causes de cet évènement alors même que j’en néglige certaines, plus ou moins délibérément, qui ont exercé sur lui une influence plus considérable que je ne veux bien le croire. C’est du moins le postulat fondateur de la Théorie du Chaos énoncé sous la forme d’une question par Edward Lorenz en 1972 : « le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ». Par cette interrogation, Lorentz pose le problème de l’Histoire et de l’impossibilité de l’aborder parfaitement : il demeure toujours une incertitude.

C’est parce qu’elle est lacunaire que la démarche matérialiste doit être enrichie de la posture mythologique. Sans prétendre qu’il nous faut inventer de nouveaux dieux pour comprendre le monde autrement, nous signifions que l’absence de causes avérées d’un évènement doit être supplantée par la démarche spéculative : émettre des hypothèses, fussent-elles incroyables. Les grecs ont ainsi développé leur panthéon pour solutionner rapidement les mystères insondables de l’Univers, avant que la science n’avère une autre réalité, fondée sur la démonstration. La fonction mythologique de l’Histoire vise donc à supplanter notre ignorance par l’étonnement et l’adoration du monde.

Pourrons-nous un jour expliquer l’origine de toute chose ? La théorie du Big Bang a beau être consolidée chaque jour de nouvelles preuves de sa validité, il existe encore des personnes qui savent que Dieu fut le Grand Architecte de l’Univers, Univers qu’Il créa par un geste providentiel incroyable. Comme si, finalement, l’Homme ne pouvait concevoir sa propre existence sans une dimension surnaturelle et qui le dépasse – comme s’il ne pouvait se défaire de son incroyable imagination.

David Jarousseau

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