Faut-il introduire la religion à l’école de la République?


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Le principe de laïcité préfigure une loi fondatrice de la République. Depuis 1905, il instaure une égalité de fait entre les individus, quelle que soit leur confession religieuse. Or, cent ans après la promulgation de cette loi, l’école traverse une crise sans précédent liée à l’essor du communautarisme et de revendications de plus en plus préoccupantes. Face à la montée des intégrismes, il n’est plus possible de faire comme si la question du fait religieux n’existait pas en France.

Pour empêcher que la religion ne sape les fondations de notre République, ne pourrait-on pas imaginer un enseignement de son histoire? En effet, envisager les monothéismes sous un angle historique et non pas théologique permettrait aux élèves de prendre conscience d’une chose essentielle: une croyance se fonde sur un postulat qui est posé comme vrai (« Dieu existe ») mais dont la vraisemblance est impossible à prouver à partir de la pensée rationnelle, qui est la seule autorisée au sein de l’école de la République. Et qu’en dépit de ce caractère indémontrable, il existera toujours des croyants puisqu’il n’est pas besoin de preuves de l’existence de ceci ou cela à partir du moment où l’on ressent de la confiance en la personne ou le Livre qui nous certifie que telle est la Vérité. C’est ce que Boris Vian illustre dans la préface de L’Écume des jours pour que soit comprise sa démarche romanesque: « l’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai inventée d’un bout à l’autre ».

Une telle réforme de l’enseignement rendrait enfin possible une  réflexion sur ce qu’est véritablement la religion : une façon d’être au monde qui limite l’espace insupportable du doute afin d’être dans l’action. Le philosophe, au contraire, évolue dans l’espace infini du doute pour découvrir la Vérité à partir des méthodes d’investigation non spéculatives. Voilà la différence que chacun doit saisir, sans que ne soit discriminée l’une ou l’autre voie.

La dissertation philosophique, trop souvent incomprise quand son fonctionnement n’est pas déprécié en « thèse/antithèse/foutaise », serait ainsi autrement mieux appréciée. Rappelons que cette épreuve est matérialiste et laïque en ce qu’elle interdit formellement de s’appuyer sur Dieu pour prouver la valeur d’une opinion. En quelque sorte, « la preuve par Dieu » en philosophie, c’est tricher : cela revient à recourir à un argument qui ne peut être contesté. En formulant ainsi cette règle pédagogique élémentaire, tout professeur montrerait que la scolarité présuppose de mettre de côté ses croyances pour que soit respecté le nouveau pacte social.

Cela étant dit, l’étude en classe de l’Histoire des religions ne sera pertinente que si l’enseignant se refuse à tout commentaire ironique. Être laïque, ce n’est pas se moquer du fait que le Christ ait marché sur l’eau ou ait changé l’eau en vin : être laïque, c’est essayer, en philosophe, de comprendre ce que cela veut dire.

David Jarousseau

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