François Huguenin, La droite la plus bête du monde?


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François Huguenin, Histoire intellectuelle des droites, Editions Perrin, Paris, 2013

Une exception culturelle dont la France peut se prévaloir est d’avoir la « droite la plus bête du monde ». Pourtant, après la Révolution Française, deux courants idéologiques avaient contribué à produire une réflexion politique éminente : la pensée libérale et la pensée réactionnaire.

Sous l’égide d’Alexis de Tocqueville, les libéraux se sont méfiés de la souveraineté populaire puisqu’elle a révélé son vrai visage pendant la Terreur. Ne pas la contester comporte le risque que les libertés individuelle soient enfreintes. En effet, comme l’a remarqué Benjamin Constant, « le peuple qui peut tout est aussi dangereux, plus dangereux qu’un tyran. » Ainsi, quoi qu’ils aient renoncé à l’Ancien Régime et reconnaissent la légitimité de la démocratie, les libéraux redoutent que la liberté ne disparaisse au profit d’un égalitarisme qui s’apparenterait à la tyrannie du plus grand nombre – en d’autres termes, à la dictature de l’opinion.

Hostiles à la religion du Progrès, les réactionnaires regrettent la monarchie parce que l’individualisme et le matérialisme seraient consubstantiels de la démocratie ; c’est pourquoi Joseph de Maistre a cherché à démontrer que « de tous les monarques, le plus dur, le plus despotique, le plus intolérable, c’est le monarque peuple ». Si la pensée réactionnaire rencontre sur ce point la pensée libérale, elle s’en écarte par son antiparlementarisme, son nationalisme exubérant et, surtout, sa vision de la politique qui s’apparente davantage à de la mystique. Ainsi, elle s’est enfermée dans un paradoxe qu’illustrent les idées de Charles Maurras, chef de file de l’Action Française : l’absolutisation de la société et de la loi, le refus de la liberté politique sont autant de points contraires à la pensée classique, de laquelle celui-ci se réclame, pourtant.

Encore conflictuels en France au XXIème siècle, l’essayiste François Huguenin imagine le syncrétisme de ces deux systèmes de pensée : la réconciliation du libéralisme et de la réaction donnera lieu à une politique conservatrice comparable à celle qu’entreprirent Thatcher et Reagan en leur temps. Ce sera un régime politique à la fois libéral, pour la limitation des pouvoirs de l’État à ses fonctions régaliennes, et conservateur, pour la préservation de principes structurants. Or, la France reste le seul pays à ne toujours pas avoir su opérer cette transition, y compris sous Nicolas Sarkozy, en lequel beaucoup d’espoirs furent placés. Si d’aventure le libéral conservatisme a un avenir en France, reste à savoir qui sera celui – ou celle – qui parviendra à le porter au pouvoir.

David Jarousseau

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