Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée


Jean-Claude Michéa, le complexe d'Orphée

Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée, Climats, Paris, 2011

La prospective se définit comme la pensée méthodique permettant d’envisager l’avenir en s’appuyant sur une analyse du passé : elle vise à déterminer les conditions dans lesquelles un évènement historique a pu se produire, c’est-à-dire à chercher l’ensemble des causes ayant permis son existence pour en étudier les conséquences. En fait, la prospective consiste à créer un modèle d’un passé particulier, à l’étudier dans son dynamisme pour appliquer ce modèle à l’époque contemporaine s’il peut s’avérer viable. Elle n’est donc pas en contradiction avec les notions de progrès et de changement : bien au contraire, elle vise l’amélioration d’un système politique donné en s’attachant à en anticiper les évolutions possibles.

A ce titre, le libéralisme peut légitimement être considéré comme une théorie progressiste en ce que la liberté en constitue le dogme fondateur. Élaborée en réaction aux anciens modèles politiques et économiques, jugés inefficaces, le libéralisme va pourtant tourner peu à peu le dos à l’Histoire en contestant l’intérêt de son étude, au prétexte qu’il faut vivre avec son temps. Pour la pensée libérale, le mieux est nécessairement l’avenir du bien, en aucun cas son ennemi. Si bien que remettre aujourd’hui en question le modèle capitaliste ne peut que provoquer l’indignation des partisans du progrès; s’opposer, c’est être nécessairement un « réactionnaire », un « conservateur », un « beauf » voire un « fasciste ». Invoquer le passé et ses enseignements pour interroger les excès du réformisme revient  non seulement à remettre en cause le bien-fondé du système libéral mais impliquerait aussi et surtout de nier le sens réel de l’Histoire.

En s’inspirant du mythe d’Orphée, le philosophe Jean-Claude Michea revient sur le paradoxe d’une croissance infinie dans un monde finiqui définit la trajectoire libérale. Il interroge tout particulièrement le virage philosophique du socialisme depuis la conversion de la gauche à la religion moderne du progrès. Car « l’économie transforme le monde, mais seulement en monde de l’économie », au point qu’il devient difficile d’opposer au libéralisme un Humanisme authentique, la foi en l’Homme et en sa perfectibilité, dont la conscience des limites préfigure pourtant la véritable liberté.

David Jarousseau

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